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jeudi 30 mai 2019

La France d’Ancien Régime - Deuxième partie : la société des trois ordres aux XVIIème et XVIIIème siècles - 1) Le clergé

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Depuis le Moyen Âge, la société est divisée en trois ordres, correspondant à trois fonctions, selon Adalbéron de Laon[1] (mort vers 1030). 


Nota bene : la noblesse et le clergé, exemptés d’impôts, ne sont pas tous nécessairement riches ; le Tiers-Etat n’est pas totalement pauvre non plus. A titre d'exemples, certains nobles sont accablés de dettes. La plupart des curés ont à peine de quoi subsister. A l'inverse, dans le Tiers-Etat, on inclut des bourgeois potentiellement riches. L’Etat lui-même – la monarchie française – est pauvre, dans un pays pourtant riche, au XVIIIème siècle. 


1) Le clergé 


Adalbéron nomme cette catégorie les oratores ou orantes : ceux qui prient. Premier ordre de la France, cette catégorie regroupe l’ensemble des ministres du culte catholique. Le clergé est organisé en une hiérarchie, à partir du plus élevé : 

1-le pape, évêque de Rome, chef spirituel de l’Eglise catholique. 

2-les cardinaux, assistants du pape. 

              { -les archevêques, à la tête d’une province ecclésiastique. 

3-          { -les évêques, à la tête d’un diocèse. 

Clergé   { -les archiprêtres, s’occupant d’une paroisse importante. 

séculier { -les prêtres, à la tête d’une paroisse. 
              { -les archidiacres, assistant les archiprêtres. 
              { -les diacres. 
4-les moines et les religieuses (clergé régulier) 

C’est de fait un ensemble complètement hétérogène : d’une part, le clergé régulier est en effet mal perçu par les populations et même par le clergé séculier : on lui voue une forte hostilité due aux richesses des moines malgré leur nombre et à la détention plus ou moins importante des terres. Nous pouvons notamment citer l’exemple du vicaire de Fitignieu-en-Valromey dans le Bugey (Ain), qui rédige la chanson Contre les nobles en 1789. Dans cette chanson, un paragraphe dénonce les clercs, notamment les moines : « Il faudra réformer les fainéants de moines ; il faut aussi taper sur les gras chanoines. Les curés utiles nous seront conservés ; et les gens inutiles [c’est-à-dire le clergé régulier ici] seront tous supprimés[1]. » A l’abbaye de Saint-Sulpice, le dérèglement et la dissipation y règne. Les supérieurs qui ont tenté d’entreprendre des réformes sont insultés ou menacés. Sur 24 établissements dans l’Ain, il ne reste qu’environ 100 religieux – ce qui montre une crise grave pour les hommes, si on compare ce nombre avec celui des femmes : on recense en effet 300 religieuses en 1789. Celles-ci sont beaucoup moins sujettes aux reproches indiquées ci-dessus[2].

D’autre part, le clergé séculier connaît une autre disparité, en termes de richesse : le haut clergé (évêques, archevêques) perçoit souvent des revenus considérables (à titre d’exemple, le titre de l’archevêché de Lyon rapporte 50 000 livres[3] de revenus annuels, sans compter les cumuls de titres !) tandis que des curés et des vicaires, dans le bas clergé, ne gagnent que des sommes médiocres. 

Le clergé, exempté d’impôt (sauf le don gratuit qui, autrefois une contribution volontaire du clergé aux finances royales, est devenu obligatoire sous le règne de Louis XIV ; le don gratuit est ainsi imposé à l’ordre ecclésiastique tous les cinq ans), perçoit l’impôt en nature qu’est la dîme, c’est-à-dire le dixième des récoltes. 

Les modestes revenus perçus par les curés ont augmenté au fil des siècles : 
-à partir de 1690, les curés perçoivent seulement 300 livres. 
-à partir de 1768, ils perçoivent 500 livres. 
-à partir de 1786, ils en perçoivent 750. 

Certains cahiers de doléance de 1789 exigent que les revenus soient de 1200 livres pour les curés et de 700 livres pour les vicaires, ces derniers ne percevant que 350 livres[4]. 

Provinces ecclésiastiques de France à la veille de la Révolution de 1789



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[1] Les pays de l'Ain et la Révolution : Exposition départementale itinérante. Bourg-en-Bresse, 1989, 82 pages. 
[2] ABBIATECI A. et PERDRIX P., Les débuts de la Révolution dans les pays de l'Ain, Bourg-en-Bresse, 1989, 223 pages. 
[3] Rappel : une livre valait 20 sous, soit 240 deniers. Elle équivaut à 2,50 euros aujourd’hui. SABOT T., La valeur des biens, niveau de vie et de fortune de nos ancêtres. Thisa, Collection Théma, 2012, 48 pages. 
[4] ABBIATECI A. et PERDRIX P., op. cit.

mercredi 27 mars 2019

La France d’Ancien Régime - Première partie : l'apogée de la monarchie absolue - 3) Le règne sans partage du Roi-Soleil (1661-1715)

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Roi mécène, Louis XIV fait ouvrir plusieurs académies : l’Académie royale des sciences dès 1666, l’Académie royale de musique à partir de 1669 et l’Académie royale d’architecture en 1671, plus de 20 ans après la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648.

Le roi fait reconstruire et agrandir le château de Versailles, qui était un pavillon de chasse sous le règne de Louis XIII. La cour y est fixée dès 1682, lorsque le palais devient la résidence royale. La raison de ce choix est liée aux expériences de la Fronde : pour Louis XIV, demeurer à Paris est inenvisageable. De plus, ce choix lui permet de surveiller les nobles.

Parmi les ministres, le surintendant des finances Nicolas Fouquet ne rend pas de comptes au roi, qui finit par s’en méfier. Louis XIV le fait arrêter le 5 septembre 1661. Reconnu pour crime de péculat et de lèse-majesté, tous deux punissables de la peine de mort, Nicolas Fouquet est cependant emprisonné à la forteresse de Pignerol, où il meurt en 1680. 


Le roi lui-même préside son Conseil, où les ministres doivent lui rendre des comptes régulièrement. Il nomme Jean-Baptiste Colbert contrôleur général des finances en 1665, qui devient également secrétaire d’Etat à la Maison du Roi et à la Marine à partir de 1669. François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, devient secrétaire d’Etat à la Guerre à partir de 1662.


Les dragonnades persécutant les protestants à partir des années 1680 obligent la plupart de ces derniers à se convertir au catholicisme. Pensant que son royaume est devenu complètement catholique, Louis XIV révoque l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau en 1685, retirant la liberté de culte aux Protestants. Par conséquent, des milliers de réformés (1% de la population française, surtout des savants), quittent le royaume pour partir à l’étranger, notamment en Suisse.

Deux majeures famines ont fait des ravages sous son règne : 
*La grande famine de 1693-1694, due à un hiver rigoureux et d’une récolte médiocre à cause d’un printemps et d’un été pluvieux, a provoqué la montée des prix des céréales et favorisé des épidémies. Selon l’historien François Lebrun[1], elle aurait causé environ 2 millions de morts, sur un total de 20 millions d’habitants. Mais sans compter la mortalité normale, le nombre de victimes est estimé à 1,3 millions selon Emmanuel Le Roy Ladurie.
*La grande famine de 1709 est due également à un hiver rigoureux. Celle-ci a causé environ 600 000 victimes et entraîné la crise financière de 1709.

Au début des années 1710, Louis XIV, très âgé, voit mourir presque toute sa famille, perdant ses fils, ses petits-fils et ses arrière-petits-fils excepté Louis duc d’Anjou. Ce dernier étant âgé de 2 ans en 1712, Louis XIV confie la régence à son neveu, Philippe d’Orléans.

Le Roi-Soleil s’éteint le 1er septembre 1715.



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[1] LEBRUN F., « Les crises démographiques en France aux XVIIe et XVIIIe siècles »in Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, année 1980, volume 35, numéro 2 pp. 205-234. « Etant donné l’extension de la crise à presque tout le royaume, c’est sans doute 10 à 15% des Français qui disparaissent en deux ans, ce qui, compte tenu du déficit non récupéré des conceptions, correspond une chute brutale de la population de quelque 2 millions à 2 millions et demi d’habitants. », page 220.

mardi 26 février 2019

La France d’Ancien Régime - Première partie : l'apogée de la monarchie absolue - 2) Le ministère Mazarin au début du règne de Louis XIV (1643-1661)

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Anne d’Autriche évince Gaston d’Orléans et le prince de Condé du Conseil, les remplaçant par le cardinal Mazarin, un ami de Richelieu. Il est principalement visé par les nobles mécontents. Dès l’été 1643 s’organise ce qu’on appelle la Cabale des Importants, une conspiration cherchant à écarter Mazarin du ministère et à signer une paix avec l’Espagne. Ce dernier l’apprend rapidement et le rapporte à Anne d’Autriche. Les conspirateurs sont soit emprisonnés, soit exilés.
Pour financer la guerre, Mazarin adopte des nouveaux impôts et augmente ceux déjà existants : l’édit du Toisé, en mars 1644, vise à taxer les nouvelles constructions effectuées au XVII° siècle, tandis que la taxe des Aisés, établie en août 1644, impose les plus riches du royaume (ceux de Paris sont cependant exemptés). Un mois plus tard, l’édit du tarif prévoit l’augmentation des taxes sur les marchandises entrant dans Paris. Cet édit est finalement annulé en décembre 1644. 
Ces réformes fiscales engendrent des mécontentements, qui aboutissent à une révolte sévère : la Fronde. 

La Fronde est d’abord parlementaire (1648-1649) : le Parlement de Paris refuse d’enregistrer les édits fiscaux proposés par Mazarin. Celui-ci décide de mettre en place un impôt sur les détenteurs d’offices, somme équivalente au quadruple de la valeur de la Paulette (4/60 ou 1/15 de la valeur de l’office), le 29 avril 1648. Les cours souveraines de Paris se rassemblent alors dans la Chambre de Saint Louis et exigent le renvoi de Particelli et de Mazarin. Ce dernier leur promet de renvoyer Particelli et de diminuer la pression fiscale. En réalité, il prépare l’arrestation des meneurs de la Chambre de Saint Louis, qui a lieu le 26 août 1648. Suite à cela, les Parisiens se révoltent, obligeant Anne d’Autriche à libérer les parlementaires. La tension continue toutefois de peser à Paris, si bien que la famille royale se réfugie secrètement au château de Saint-Germain, quittant le Louvre dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649. Aussitôt, la rumeur court que Mazarin a enlevé le roi. Le prince de Condé, fidèle à la régente, encercle Paris. La milice parisienne, après la nouvelle de l’exécution du roi Charles Ier d’Angleterre, se rend, dans la crainte d’être assimilée à ce régicide. Une paix est signée le 12 mars : la régente amnistie les principaux meneurs de la révolte. 

Suite à cette première Fronde se succède une Fronde princière (1649-1651), menée par le grand gagnant de la précédente : le prince de Condé. En effet, les prétentions de ce dernier s’accroissent et il entre en conflit avec Mazarin. Au début de l’année 1650, sur les conseils de ce dernier, la régente fait arrêter le prince de Condé, son frère le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville. Des nobles se révoltent, non pas contre le roi mais contre le cardinal Mazarin. Très rapidement, le Parlement s’allie avec les princes contre le cardinal. Le 9 février 1651, il exige que Mazarin quitte le royaume, ce qu’il fait facilement. S’exilant à Bruhl, il continue en réalité de gouverner le royaume. L’apprenant, le prince de Condé se rend à Bordeaux et pactise avec l’Espagne. Il est dès lors considéré comme un traître aux yeux du roi.
L’armée de Condé parvient à se replier dans Paris avant que le général Turenne y met le siège en été 1652. Devenu impopulaire dans la capitale, Condé s’enfuit finalement le 13 octobre, se réfugiant dans les Pays-Bas espagnols.

Louis XIV, âgé de 16 ans, est sacré à Reims en 1654. 
En 1661, avant sa mort, Mazarin lègue toute sa fortune au roi de France et lui demande de maintenir ses créatures au gouvernement. Le lendemain de la mort de Mazarin, le 10 mars, le jeune roi annonce au Conseil qu’il entend régner seul. Par conséquent, il ne nomme pas de ministre principal et prend lui-même la tête du gouvernement.


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lundi 7 janvier 2019

La France d’Ancien Régime - Première partie : l'apogée de la monarchie absolue - 1) Les troubles nobiliaires sous Louis XIII

La monarchie absolue connaît son apogée en France, au même moment où elle est définitivement un échec en Angleterre . Elle doit cependant faire face à de nombreux troubles nobiliaires, qui s’achèvent sous le règne du roi-soleil Louis XIV (1643-1715). Le XVIII° siècle marque une période difficile pour la monarchie absolue, dont les principes sont remis en cause par les écrits des Lumières. 

A) L’apogée de la monarchie absolue

1) Les troubles nobiliaires sous Louis XIII

Louis XIII monte sur le trône à 9 ans, en 1610. Mineur, la régence est confiée à sa mère Marie de Médicis. Cette dernière, tout en maintenant les proches amis d’Henri IV au gouvernement, s’appuie également sur Concino Concini, lui-même marié avec Leonora Dori « Galigaï », une amie de la Reine Mère. Cette dernière parvient à calmer les tensions protestantes et catholiques, en confirmant l’édit de Nantes et en s’alliant avec l’Espagne : par le traité de Fontainebleau passé le 30 avril 1611, Elisabeth, fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, est mariée au fils du roi d’Espagne Philippe III, et Louis XIII avec la fille du roi d’Espagne, Anne d’Autriche. Les Etats généraux, réunis en 1614, soutiennent cette politique de conciliation entre les catholiques et les protestants.

Le prince de Condé cherche cependant à entrer au gouvernement. Ses partisans prennent les armes en Champagne, dénonçant le pouvoir autoritaire et imputant les malheurs de la France à Concino Concini. Condé est finalement arrêté et emprisonné, mais ses partisans refusent d’obéir aux ordres royaux. 

Louis XIII, majeur, se débarrasse de Concini, car celui-ci dispose de trop de pouvoir.  Le 24 avril 1617, Concini est assassiné à coups de pistolet par le baron de Vitry, alors capitaine des gardes du corps. La femme du défunt, Léonora Galigaï, est accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher le 8 juillet 1617. La Reine Mère est exilée au château de Blois. Mais elle s’enfuit en 1619, rassemblant des nobles mécontents. La « guerre de la mère et du fils » se termine le 16 août 1620, lors de la « drôlerie des Ponts-de-Cé » : après une courte bataille, le roi et la Reine Mère se réconcilient. 

Les Protestants, commandés par le duc de Rohan, se révoltent à la fin de 1620. Le roi parvient à écraser cette rébellion deux ans plus tard, contraignant le duc de Rohan à s’enfuir. Mais ils reprennent les armes deux fois, en 1625 et en 1627, le dernier conflit se terminant par le siège de la Rochelle, principale place forte des Protestants, d’août 1627 au 28 octobre 1628. Par la Paix d’Alès, Louis XIII retire les places de sûreté aux Protestants, leur ôtant tout pouvoir militaire, mais leurs droits religieux sont toujours garantis. 

A partir de 1624, Louis XIII réintègre le cardinal Richelieu  à son Conseil. Richelieu estime qu’il faut s’allier avec les princes protestants afin d’affaiblir les Habsbourg, alors que le Saint-Empire est en proie à la Guerre de Trente Ans, opposant catholiques et protestants. Marie de Médicis, à la tête du parti dévot , devient très rapidement l’ennemi de Richelieu et cherche à l’évincer. Au Palais du Luxembourg, lors de la « Journée des Dupes », les 10 et 11 novembre 1630, la Reine Mère demande à Louis XIII de disgracier Richelieu. Ce dernier, parvenant à entrer dans la chambre, tombe en larmes devant le roi qui, ne disant aucun mot, s’en va. Richelieu, persuadé de sa disgrâce, se rend aussitôt à Versailles afin de trouver le roi. Contre toute attente, Louis XIII lui accorde toute sa confiance. Les Dévots sont donc disgraciés et la Reine Mère est exilée en résidence surveillée dans le château de Compiègne. Elle s’enfuit en juillet 1631 et part pour le Saint-Empire. 

Gaston d’Orléans, frère du roi, l’héritier du trône  Louis XIII et Anne d’Autriche n’ayant pas encore d’enfant mâle  organise des complots afin de renverser Richelieu. En avril 1626, la conspiration du maréchal d’Ornano, proche du duc d’Orléans, est découverte en mai par Richelieu, disposant d’un réseau d’espions. L’apprenant, le roi fait arrêter d’Ornano, fait exécuter le comte de Chalais, et fait exiler plusieurs nobles, mais Gaston d’Orléans est pardonné. Mais ce dernier s’enfuit en 1631, s’installant à l’étranger et se mariant avec la fille du duc de Lorraine. Louis XIII fait aussitôt annuler ce mariage. Le gouverneur de Languedoc, Henri de Montmorency, se soulève contre Richelieu. Lors de la bataille de Castelnaudary, le 1er septembre 1632, il est capturé, puis exécuté à mort un mois plus tard. Louis XIII accorde à nouveau son pardon à son frère, mais ce dernier s’enfuit encore une fois en Lorraine. 

Richelieu fonde l’Académie française en 1634, une institution chargée de normaliser et de perfectionner la langue française. 

La reine Anne d’Autriche met au monde un enfant mâle le 5 septembre 1638 : Louis dit « Dieudonné ». Le 21 septembre 1640 naît un deuxième enfant : Philippe. La succession est dès lors assurée.

A nouveau, le frère du roi soutient une prise d’armes en 1640, organisée par le comte de Soissons, petit-cousin de Louis XIII. Le soulèvement est cependant maté à la bataille de La Marfée, le 6 juillet 1641 : en effet, le comte de Soissons, ayant l’habitude de relever la visière de son casque avec son pistolet, se tire accidentellement une balle dans la tête.
En 1642, Henri de Cinq-Mars et François-Auguste de Thou complotent avec les Espagnols afin de renvoyer ou assassiner Richelieu. Ce dernier, l’apprenant grâce à ses espions, en informe au roi, qui fait arrêter les deux nobles et les faire exécuter à Lyon, le 12 septembre 1642. 

Richelieu meurt malade le 4 décembre 1642. Louis XIII le suit peu après, le 14 mai 1643. Avant sa mort, il prépare la régence : Anne d’Autriche devient régente et Gaston d’Orléans est nommé chef du Conseil du Roi. 



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mercredi 31 octobre 2018

La France de la Renaissance (XVI° siècle) - Troisième partie : l'avènement des Bourbons

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C) L'avènement des Bourbons

1) Un retour à la paix

Aussitôt roi, Henri IV annonce sa conversion au catholicisme. Il remporte plusieurs batailles contre les catholiques: la bataille d’Arques (21 septembre 1589), d’Ivry (14 mars 1590), etc.
Le prétendu Charles X meurt le 9 mai 1590. Les Ligueurs veulent offrir la couronne à Isabelle Claire Eugénie, fille de Philippe II d’Espagne, ce qui est mal acceptée car c’est une femme, de surcroît, étrangère. Le 25 juillet 1593, Henri IV occupe Saint-Denis, abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme. Le 27 juillet 1594, il est sacré à Chartres.
Il rallie tous les Français à partir de 1598 ; il signe l’édit de Nantes, le 30 avril 1598, introduisant la liberté de culte en France : les protestants peuvent célébrer leur culte dans leurs places de sûreté.
La guerre avec l’Espagne se termine le 2 mai 1598. Le 17 janvier 1601, Henri IV signe le Traité de Lyon avec le duc de Savoie, obtenant la Bresse, le Bugey, le Pays de Gex et la Valromey.

La paix désormais établie, il faut néanmoins la consolider. En 1598, Henri IV fait annuler son mariage avec Marguerite de Valois qu’il ne voyait plus depuis le massacre de la Saint-Barthélemy, et épouse Marie de Médicis le 5 octobre 1600. Louis, le dauphin, naît le 27 septembre 1601. Le 24 avril 1608 est né un second fils, Gaston, duc d’Orléans. La continuité dynastique est assurée.
Henri IV est assisté par son ami Maximilien de Béthune, duc de Sully, mais également par Nicolas Brulart de Sillery, Nicolas IV marquis de Villeroy, « Président Jeannin » et Pomponne de Bellièvre.
Afin de reprendre en main la noblesse, il met en place un système de récompense, et rachète les fiefs des nobles endettés. Il cherche en outre à interdire les duels, qui se traduisaient par un refus de la justice royale.

2) Les progrès socio-économiques

Sully aide son roi à restaurer les finances, et donc à réduire la dette. Le roi lui confie plusieurs titres et en échange, Sully lui prête ses revenus.
La taille est réduite à plusieurs reprises, mais les taxes indirects augmentent discrètement.
Enfin, les officiers doivent payer un impôt annuel au roi : la paulette, représentant 1/60ème de la valeur de l’office.
Les réformes fiscales portent leur fruit : les recettes dépassent les dépenses à la fin des années 1600.

Henri IV, soucieux du bien-être des paysans[1], entreprend une rénovation de l’agriculture. Il encourage ainsi la diffusion du livre d’Olivier de Serres, Le Théâtre d’Agriculture et mesnages des champs, édité en 1600. Des ingénieurs agricoles et des agronomes étrangers viennent en France livrer leur savoir-faire à certaines provinces.
L’activité textile est relancée alors que l’activité minière connaît son essor.
Cependant, les paysans demeurent dépendants des conditions climatiques, qui s’aggravent au début du XVII° siècle : les hivers sont souvent rigoureux, les étés trop pluvieux, etc. Les rendements agricoles sont donc insuffisants ; les prix sont trop élevés.
Henri IV entreprend également la reconstruction, voire la construction de nouvelles villes. Sully fait ainsi construire Henrichemont dans le centre de la France.


En 1610, la guerre contre les Habsbourg est sur le point d’être lancée. Henri IV, avant de partir pour le Saint Empire, se rend à la messe le 14 mai. Il rend visite à son ami Sully qui est malade, avant d’être assassiné dans son carrosse par Ravaillac. Ce dernier est saisi vivant, soumis à la torture, jugé, puis exécuté par écartèlement – le supplice du régicide.



[1] Durant son règne, il disait souvent : « Si Dieu me donne encore de la vie je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. »

lundi 1 octobre 2018

La France de la Renaissance (XVI° siècle) - Deuxième partie : les Guerres de Religion

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B) Les Guerres de Religion

1) La diffusion du luthéranisme

Martin Luther (1483-1546), un prêtre allemand, est à l’origine de la Réforme protestante.

La question du rôle des œuvres accomplies par l’homme dans son salut se posant depuis le V° siècle, Luther se penche sur la prééminence de la Grâce de Dieu dans le salut. Assistant à la vente des indulgences papales[1] qui permet de financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, il s’insurge et envoie ses 95 thèses contre les indulgences au pape. En réponse, celui-ci lui envoie des théologiens tels le cardinal Cajetan en 518 et Johann Eck en 1519. Cependant, les idées de Luther se diffusent rapidement, grâce à l’imprimerie[2]. Luther va plus loin, en publiant quatre traités théologiques. Le pape lui demande de se rétracter, mais il refuse. Il est donc excommunié en décembre 1520.

Les Luthériens adoptent la Confession d’Augsbourg en 1530, qui établit trois principes :
-la justification par la foi du fidèle
-le sacerdoce universel, qui implique l’égalité des chrétiens par le baptême, les rendant tous prêtres
-la Bible, seule autorité.
Ils conservent trois des sept sacrements catholiques : le baptême, la pénitence et l’eucharistie. Le mariage n’étant plus un sacrement, le divorce devient possible. La Bible doit être traduite en langue vulgaire, c’est-à-dire dans la langue nationale, et non en latin, afin que le fidèle puisse avoir accès aux Écritures. Les saints ne sont en outre pas reconnus par les luthériens.


2) Les hésitations des rois de France…

Bien que le Parlement[3] de Paris ait imposé une censure sur la publication d’ouvrages à thème religieux (interdite sans l’accord préalable de la Faculté de Théologie) au début des années 1520, François Ier s’est en premier lieu montré très tolérant : ainsi protège-t-il le Cercle de Meaux, composé d’érudits humanistes partisans de l’évangélisme[4] qui cherchent notamment à traduire la Bible en langue vulgaire. Après la défaite de Pavie et pendant la captivité de François Ier en 1525, le Parlement de Paris prend des décisions plus sévères à l’égard des Protestants.
Malgré un retour à une tolérance lors du retour du roi, les luthériens français détruisent les images de la Vierge et des Saints, de nuit, à Paris en 1528. Les catholiques s’imposent des processions expiatoires, pour obtenir le pardon de Dieu.

En 1534 a lieu l’Affaire des Placards : les protestants font imprimer un texte, dénonçant la messe catholique qu’ils dénomment « la messe papale », et les font afficher dans les principales villes au nord de la France, même jusqu’à la porte de la chambre du roi au château d’Amboise. Considérant cet acte comme un crime de lèse-majesté, François Ier soutient la répression visant à exterminer la secte luthérienne. Des autodafés ont lieu, où on brûle non seulement les livres luthériens mais également leurs propriétaires. En conséquence, beaucoup de Protestants s’exilent vers le Saint-Empire, où des princes se sont convertis au luthéranisme, ou en Suisse. 



De Genève, Jean Calvin développe des réformes religieuses à partir de 1541. Ses idées se diffusent notamment en France. Tout comme le luthéranisme, le calvinisme rejette la Tradition (les écrits des Pères de l’Eglise, comme Saint Augustin, et les principes imposés par l’Eglise) et ne reconnaissent donc ni la Vierge, ni les Saints. Contrairement aux luthériens et aux catholiques, l’eucharistie n’est pas « réactualisée » : le Christ n’est présent que spirituellement grâce à l’action du Saint-Esprit. Par ailleurs, Calvin impose l’idée d’un peuple élu et d’une double prédestination : Dieu a déjà choisi, de toute éternité, les hommes qui seraient sauvés ainsi que ceux qui seraient damnés. Il développe enfin une structure ecclésiastique non sacrée, un système presbytéro-synodal :
-à l’échelle locale, le Consistoire composé de Pasteurs (des hommes capables d’expliquer les Écritures et la doctrine calviniste aux fidèles), de Diacres (qui collectent de l’argent pour les donner aux pauvres), des Anciens (dont la fonction est non seulement de faire fonctionner l’Eglise locale mais également de surveiller les mœurs).
-à l’échelle régionale, le synode provincial, composé de représentants des Consistoires (généralement un Pasteur et un Ancien)
-le cas échéant, un synode national, composé lui-même de représentants des synodes provinciaux.

En 1543, la Faculté de théologie de Paris publie un texte de 29 articles sur la foi catholique, que François Ier transforme en loi du royaume. En 1545, à la tête d’une troupe, il écrase la dissidence « vaudoise » dans le Luberon. Plus d’une centaine de luthériens y sont pendus.
Henri II (1547-1559) poursuit la politique de son père François Ier. Il met en place un tribunal à Paris, afin de juger les hérétiques, qu’on appelle « la Chambre ardente » puisque les audiences se tenaient dans une pièce sombre, éclairée par des bougies ou des torches, et les condamnés sont brûlés. L’édit de Châteaubriant (1551) contrôle et censure la production de l’imprimé. L’Eglise catholique tend à se réformer pendant le Concile de Trente (1545-1563). Le roi se charge de faire diffuser les décisions du concile.
Malgré ces mesures sévères, le calvinisme se développe. Le 13 mai 1558, les protestants se rassemblent au Pré-aux-Clercs à Paris pour chanter des psaumes. On y retrouve notamment des nobles, dont des princes du sang comme Louis de Bourbon, prince de Condé, et Antoine de Bourbon, roi de Navarre, convertis à la foi protestante. On estime à cette époque 2 millions de Protestants sur 20 millions d’habitants en France (soit 1/10 de la population).

Les Protestants projettent d’enlever le roi François II (1559-1560). Mais leur complot est rapidement découvert et le roi, se trouvant au château de Blois, se réfugie à Amboise. De là, il ordonne l’arrestation des nobles protestants prenant part au complot. Il fait exécuter La Renaudie, chargé d’enlever le roi et la reine, ainsi que les principaux conspirateurs. Il amnistie les autres nobles, dont le prince de Condé.
François II se rapproche de sa mère Catherine de Médicis, cherchant la conciliation. Il promulgue l’édit d’Amboise, amnistiant les conspirateurs protestants, ouvre la voie vers la liberté de conscience, et nomme Michel de l’Hôpital, favorable à une politique de conciliation, chancelier. Cependant, François meurt à la fin de l’année 1560. Son frère Charles IX, âgé de dix ans, devient roi. Catherine de Médicis, régente pendant la minorité de Charles IX, poursuit cette politique d’entente entre catholiques et calvinistes. Mais le colloque de Poissy (1561) réunissant les deux confessions est un échec et les tensions s’accentuent. Un édit de tolérance autorise le culte protestant à partir de janvier 1562.


3) … menant à des conflits sanglants

Malgré cette politique de tolérance, le premier massacre de protestants perpétré par des catholiques a lieu à Vassy le 1er mars 1562. La Première Guerre de Religion commence : les Protestants, soutenus par la monarchie anglaise, combattent les Catholiques, assistés par la monarchie espagnole. Ils cherchent à s’emparer des villes. Lors du siège d’Orléans, le 18 février 1563, le duc de Guise, catholique, est assassiné par un protestant. Charles IX parvient à imposer une paix le 19 mars 1563.

Le prince de Condé organise une nouvelle conspiration, ce qu’on appelle la Surprise de Meaux en 1567 afin d’enlever le roi. Charles IX se réfugie à Paris, mais une nouvelle guerre civile éclate. Le 30 mai, la Michelade a lieu à Nîmes : un massacre de 90 catholiques (notamment des clercs) par des protestants. Une paix brève est signée le 23 mars 1568, mais elle se termine en août de la même année. Lors de la Bataille de Jarnac, le 13 mars 1569, le Prince de Condé est assassiné à son tour par un catholique. La paix revient le 8 août 1570. Charles IX accorde aux protestants des places de sûreté (par exemple, Le Port de La Rochelle, Montauban, etc.) Catherine de Médicis organise un mariage entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre, protestant, célébré le 18 août 1572.
L’amiral protestant Gaspard II de Coligny cherche toutefois à faire intervenir la France dans les Pays-Bas espagnols afin d’affaiblir le roi d’Espagne Philippe II. Les tensions entre les deux partis s’accentuent à nouveau. Le 22 août, L’amiral de Coligny est blessé au bras par une balle d’arquebuse, victime d’un attentat. Se sentant menacé, le roi, lui promettant d’abord de pourchasser le criminel, décide finalement d’éliminer les chefs protestants. Cette décision dérive en un massacre de milliers de protestants, perpétré par les catholiques dans la nuit du 23 au 24 août.
Le 26 août, le roi endosse la responsabilité de l’exécution des chefs protestants.

Les affrontements reprennent, se terminant le 11 août 1573, mais reprenant moins d’un an plus tard. Le 30 mai 1574, Charles IX meurt malade. Son frère Henri III (1574-1589) lui succède. Un tiers parti se forme, entre les catholiques et les protestants : les « Malcontents », dirigés par le dernier frère du roi, François d’Alençon (duc d’Anjou), partisans d’une entente avec les réformés. Après la cinquième guerre de religion (1574-1576), une paix est signée entre les différents camps. A l’image de l’Organisation du Midi créé par les protestants, les catholiques fondent la Ligue de Péronne avec pour chef le duc de Guise, puis Henri III lui-même. Deux nouvelles guerres ont lieu à la fin des années 1570.
Le roi fonde l’Ordre du Saint-Esprit le 31 décembre 1578, premier ordre de la France et dont les grands-maîtres sont les monarques.
Le dernier frère du roi meurt toutefois en 1584. Celui-ci n’ayant pas d’enfant, François d’Alençon était en effet censé lui succéder. Se pose le problème de la succession : le plus proche héritier est Henri de Navarre. Or, ce dernier est protestant. Les Ligueurs ne veulent pas le reconnaître et traitent avec le roi d’Espagne afin que celui-ci finance leur armée. Le 30 mars 1585, ils publient le manifeste de Péronne, expliquant qu’un protestant ne peut revendiquer la couronne du royaume de France. Henri III finit par céder en signant l’édit de Nemours le 18 juillet, excluant les protestants des droits à la couronne.

La Huitième Guerre de Religion débute en 1585. Celle-ci, bien plus longue que les précédentes, ne se finit qu’en 1598. La situation échappe au roi, ayant perdu tout soutien. Le duc de Guise est reconnu par la Ligue comme le sauveur de la foi catholique. Henri III tente maladroitement d’interdire son entrée triomphale à Paris, en avril 1588. Le duc de Guise y parvient toutefois. Les Parisiens se révoltent contre le roi le 12 mai 1588, forçant ce dernier à quitter la capitale. Otage de la Ligue, il se soumet à leurs requêtes. Il signe donc l’édit d’Union le 15 juillet, confirmant qu’un protestant ne peut accéder à la couronne de France.

Le 23 décembre 1588, Henri III convoque le duc de Guise dans ses appartements. Une fois entré, les gardes se jettent sur le duc et le tuent. Le lendemain, le roi ordonne l’exécution de ses frères, dont le cardinal de Lorraine. Chez les catholiques, le duc de Guise et son frère sont perçus comme des martyrs. Ils ne reconnaissent plus Henri III comme leur roi, l’appelant « Henri de Valois », « le tyran ».
Par conséquent Henri III s’allie avec les protestants, donc avec Henri de Navarre, contre la Ligue catholique. Leurs armées encerclent Paris à partir de l’été 1589. Mais Henri III est assassiné[5] à Saint-Cloud, dans sa tente, par le moine Jacques Clément, le 1er août. Ce dernier est tué par les gardes, puis son corps est écartelé post-mortem.
Avant sa mort, Henri III lègue le royaume à Henri de Navarre, devenant Henri IV, alors que les Ligueurs reconnaissent le cardinal de Bourbon comme leur roi, sous le nom de Charles X.


Pour lire la troisième partie, cliquez ici.


[1] Dans l’Eglise catholique, l’indulgence est la rémission totale ou partielle de la peine temporelle, réduisant ainsi le temps passé au Purgatoire.
[2] L’imprimerie est inventée par Johannes Gensfleisch, ou Gutenberg, en 1450. Elle se diffuse dans toute l’Europe en 50 ans.
[3] Contrairement en Angleterre, où le Parlement est devenu une assemblée législative, le Parlement français de l’Ancien Régime est une instance judiciaire enregistrant les lois.
[4] Confession chrétienne s’approchant explicitement du protestantisme.
[5] Pour la première fois, depuis l’avènement des Capétiens, un roi de France est assassiné. A ce premier régicide s’ajoutent trois autres, selon les royalistes :
-l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac en 1610.
-l’exécution de Louis XVI, sa mort votée par la Convention Nationale, en janvier 1793.
-La mort de Louis XVII, fils de Louis XVI, emprisonné dans de mauvaises conditions dans un cachot à la Tour du Temple, en juin 1795.

jeudi 6 septembre 2018

La France de la Renaissance (XVI° siècle) - Première partie : le règne de François Ier (1515-1547)

La France sort agrandie de la Guerre de Cent Ans. La place du roi est désormais incontestée : il est empereur dans son royaume, seul Dieu est supérieur à lui. La monarchie absolue[1] se met progressivement en place, mais celle-ci s’officialise à partir du XVII° siècle. L’expression « le roi est mort, vive le roi » apparaît, ce qui veut dire que la royauté ne meurt jamais et, à la mort d’un monarque, le pouvoir se transmet automatiquement et continuellement de père en fils, ou à défaut au plus proche parent mâle (le petit-fils, sinon le frère aîné, sinon encore un cousin).
Le royaume n’en demeure pas moins homogène. Le français n’est guère parlé de partout. Dans les campagnes, on parle plutôt dans des dialectes ou des patois, rendant difficile la communication entre différentes régions.

Les recettes fiscales sont insuffisantes par rapport aux dépenses. Par conséquent, la monarchie doit soit augmenter les impôts locaux, soit emprunter, tout en envisageant de rembourser l’emprunt plus tard, au risque d'accroître la dette.


A) Le règne de François Ier (1515-1547)

1) Un roi guerrier

A partir de Charles VIII (1483-1498), les souverains français revendiquent les territoires d’Italie, devenue le théâtre des opérations françaises depuis 1494, jusqu’à 1559 (on compte ainsi onze guerres d’Italie au total). Louis XI a hérité des droits sur royaume de Naples après la mort de René d’Anjou. Au début de son règne, François Ier remporte la célèbre bataille de Marignan le 14 septembre 1515, à l’issue de laquelle il demande à être armé chevalier par Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche.

Cette victoire lui garantit son emprise sur le Milanais, tout en abandonnant ses droits au royaume de Naples. Charles Quint, qui revendique les droits sur la Bourgogne, souhaite contrecarrer les ambitions expansionnistes de François Ier. Ce conflit entre Valois et Habsbourg dure jusqu’en 1559.

En 1525, François Ier tente de reconquérir le Milanais perdu. Sa campagne aboutit au désastre de Pavie, le 24 février. Il est emprisonné à Valence, et libéré un an plus tard en échange d’une rançon. Les deux partis signent la paix de Cambrai en 1529 : François Ier conserve la Bourgogne, mais renonce à l’Artois, la Flandre, le duché de Milan et le royaume de Naples, et doit payer 1 000 000 écus en échange de la libération de ses deux fils.
A partir de 1536, la guerre reprend avec le Saint-Empire. Le pape Paul III intervient, incitant les deux souverains à faire la paix, ce qu’ils font le 18 juin 1537 puis le 15 juillet 1538. Le conflit éclate à nouveau en 1542, aboutissant à la paix en 1544 qui fait renoncer François Ier à sa suzeraineté sur l’Artois, la Flandre, le Milanais et Naples, mais conserve la Savoie et le Piémont, tandis que Charles Quint renonce à la Bourgogne.

2) Un roi de bon vivant

François Ier « mange et boit beaucoup[2] ». Les repas royaux sont devenus publics sous son règne. Par ailleurs, il se procure de nombreuses maîtresses, comme Anne de Pisselieu et Françoise de Poix. Il dit souvent : « Une cour sans femmes, c’est comme un jardin sans fleurs ». Il participe à la chasse, loisir dont seuls les nobles avaient le privilège.

Il fait construire ou reconstruire de nombreux châteaux à des fins résidentielles, tels le château de Chambord dont le plan est établi par le célèbre peintre, ingénieur et architecte italien Léonard de Vinci, ou encore celui de Fontainebleau. Il entreprend ainsi de nombreux séjours dans différents lieux. La cour, suivant le roi, est par conséquent itinérante. Elle entretient environ des dizaines de milliers de chevaux.

3) Un roi centralisateur
La France en 1500. En bleu, le domaine royal (comparer sa superficie avec celles de 987 et de 1228). En indigo, les vassaux du royaume. En rouge, Calais, toujours sous l’occupation anglaise.

Sur la carte ci-dessus, il faut remarquer que le domaine royal s’est considérablement agrandi, et il grandit encore sous François Ier, au point que la notion de domaine royal se confond quasiment à celle du royaume.

Sur le plan religieux, François Ier signe le concordat de Bologne avec le pape Léon X en 1516. Le roi seul peut nommer les évêques et les abbés du royaume de France ; ils ne sont plus élus par les chapitres cathédraux. Cela renforce l’autorité royale, car les ecclésiastiques doivent leur place à la seule volonté du monarque.
Les curés doivent tenir des registres paroissiaux recensant les baptêmes, les mariages et les sépultures (BMS).

François Ier fait enfin imposer la langue française dans tout le territoire français. Par l’édit de Villers Cotterêts, en 1539, le français devient la langue officielle du royaume. Ainsi, les actes officiels doivent être écrits en français.


Pour lire la deuxième partie, cliquez ici.


[1] Régime politique où le roi exerce la pleine souveraineté de son royaume, tenant son pouvoir de Dieu. Il doit néanmoins respecter les lois fondamentales du royaume, à savoir la succession par primogéniture masculine, la préservation de l’intégrité du territoire (il lui est interdit de vendre ou céder une partie de son royaume), défendre la foi catholique et respecter les privilèges locales.
[2] Nicolo Tommaseo, Relation des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au XVI° siècle, Paris, Imprimerie Nationale, 1838. Relation de Marino Cavalli.