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lundi 26 février 2018

Le Haut Moyen Âge (476-987) - Deuxième partie : les Mérovingiens

Pour lire la première partie du chapitre, cliquez ici.
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B) La dynastie des Mérovingiens (V°-VIII° siècle)

Le terme « mérovingiens » provient de Mérovée, grand-père semi-mythique de Clovis (littéralement, « le combattant réputé »).


1) Une période de conflits familiaux

Le royaume franc, ayant annexé la Burgondie (ou Bourgogne) en 533 et la Provence en 536, est réunifié après la mort des frères de Clotaire Ier. En 561 a lieu un nouveau partage entre ses fils : Caribert reçoit le royaume de Paris (en jaune), Gontran reçoit la Bourgogne ainsi qu’une partie du royaume d’Orléans (en vert), Sigebert Ier celui de Reims (bleu), et Chilpéric Ier celui de Soissons (en rouge).


Caribert meurt prématurément en 567, les trois autres frères se partagent donc son royaume.


La deuxième moitié du VI° siècle est profondément marqué par une querelle familiale entre Sigebert et Chilpéric. La maîtresse de ce dernier, Frédégonde, fait assassiner son épouse Galswinthe, une princesse wisigothique. L’épouse de Sigebert lui demande que ce meurtre soit réparé par une compensation (elle était la sœur de Galswinthe). Chilpéric ne respecte pas ses engagements, déclenchant ainsi une guerre fratricide. En 575, Sigebert Ier est assassiné. Son fils Childebert II devient roi d’Austrasie (région nord-est de France).

A son tour, Chilpéric meurt assassiné en 584. On soupçonne Brunehaut d’avoir organisé cet assassinat. En 596, le fils de Sigebert, Childebert II, meurt empoisonné. Ce meurtre est sans doute commandité par Frédégonde. Cette faide[1] se termine avec l’exécution de Brunehaut par Clotaire II en 613. Celui-ci réunifie à nouveau le royaume des Francs, récupérant l’Austrasie (nord-est de la France), la Neustrie (nord-ouest) et la Bourgogne.

Le règne de son fils Dagobert Ier (629-639) marque cependant une période de paix et d’apogée du royaume franc. Sur des monnaies, il est représenté en romain, avec les cheveux courts, portant un diadème et le manteau impérial.
A cette période, le palais devient une véritable école de cadres. Des enfants d’élites y sont envoyés pour recevoir une excellente éducation : ce sont les « nourris » (nutriti) du roi, c’est-à-dire ses amis. Ce système sert notamment à former des évêques et des abbés. C’est le cas de Rusticus, évêque de Rodez, déjà sous le règne de Clotaire II. Ouen devient quant à lui évêque de Rouen.


2) Les « rois fainéants »

Après la mort de Dagobert Ier, le royaume est à nouveau divisé en trois royaumes : la Neustrie, l’Austrasie et la Bourgogne. Sigebert III obtient seulement l’Austrasie, Clovis II reçoit la Neustrie et la Bourgogne. Ils sont toutefois jeunes pour pouvoir régner. En Austrasie, le maire du palais gouverne au nom de Sigebert III alors qu'en Neustrie, la reine règne. La Bourgogne est quant à elle régie par l’aristocratie locale. C’est une période d’instabilité où se succèdent coups de force, exils, meurtres, etc.

A la mort de Sigebert III en 656, le majordomus (maire du palais) Grimoald[2] impose son fils Childebert, fils adoptif de Sigebert III, comme roi d’Austrasie[3]. Sigebert a cependant un fils légitime, Dagobert II. Grimoald le fait exiler dans un monastère, mais lui et Childebert III sont tués peu après en Neustrie. Childéric II, fils de Clovis II, devient roi d’Austrasie à partir de 662, puis devient roi de tous les Francs entre 673 et 675. Il finit assassiné. Dagobert II lui succède, mais il est également assassiné, trois ans plus tard.

Du fait des troubles internes, les rois ne mènent plus de campagnes d’expansion. Ils offrent des terres aux nobles. Ces derniers deviennent ainsi plus influents et se créent des réseaux, se trouvant des fidèles et contribuant à la naissance de la vassalité[4].


3) L’avènement d’une nouvelle dynastie

Le pouvoir royal s’affaiblit progressivement au profit des maires du palais, en particulier la famille des Pippinides.
Charles de Herstal (686-741), dit postérieurement « le Martel », devient maire du palais d’Austrasie en 717 après avoir vaincu les Neustriens de Chilpéric II (à Amblève en 716 et à Vinchy en 717).
Au sud, les Maures s’avancent progressivement. En 711, ils se sont emparés de la péninsule ibérique (Espagne et Portugal). En 720, ils ont envahi la Septimanie (Languedoc actuelle). Carcassonne est prise en 724, puis vient le tour d’Autun en 725. Le roi Eudes d’Aquitaine est vaincu en 732. Charles Martel repousse les envahisseurs le 25 octobre de la même année à Poitiers, puis reconquiert l’Aquitaine, la Bourgogne, la Provence et la Septimanie.

Son fils Pépin III, dit postérieurement le Bref, maire du palais d’Austrasie, partage le pouvoir avec son frère Carloman. Après avoir écrasé les révoltes locales, ils rétablissent la dynastie mérovingienne en plaçant sur le trône Childéric III. Luttant contre le paganisme, ils affermissent les relations avec la papauté – le pape étant l'autorité suprême de l’Eglise catholique, l’évêque de Rome – et entreprennent des réformes sur les institutions ecclésiastiques. Par exemple, les clercs ne peuvent plus porter d’arme et ne doivent plus combattre, ni chasser, ni habiter avec une femme ou mener une vie dissolue. On prévoit des peines sévères : les prêtres ne respectant pas ces consignes sont emprisonnés, les moniales sont tondues, etc.

Carloman abdique en 747, laissant Pépin seul maître du monde d’Occident. Il demande le soutien au pape Zacharie afin de déposer Childéric III. Le souverain pontife lui répond favorablement[5], cherchant désespérément un allié puissant pour battre les Lombards en Italie. Pépin dépose aussitôt Childéric et le fait tondre avant de l’exiler dans un monastère. En 751 il se fait élire roi par les Grands du royaume franc et se fait sacrer par les évêques.

Le nouveau roi aide le pape à repousser les Lombards. Il lance également plusieurs campagnes militaires contre les musulmans. Il parvient alors à étendre son empire jusqu’aux Pyrénées.
Il poursuit les réformes ecclésiastiques : par exemple, il met en place la dîme[6]. Le culte est enfin romanisé.

Le royaume franc rayonne sur l’Europe : l’empereur byzantin Constantin V envoie des émissaires et des théologiens à la cour de Pépin. Les califes abbassides entretiennent également des relations cordiales avec le roi franc.

Pépin meurt en 768, cédant le pouvoir à ses deux fils, Carloman et Charles.


Pour lire la troisième partie, cliquez ici.



[1] Pratique germanique qui désigne un système de vengeance privé entre deux familles. Si un membre d’une famille est tué, cette famille a le droit mais surtout le devoir de vengeance sur le meurtrier ou ses parents. C’est un des moyens de régler les conflits entre différents clans.
[2] Ce personnage est issu d’une famille aristocratique, les Pippinides (du nom de l’ancêtre Pépin de Landen). Nous traiterons de cette famille très importante dans l’histoire à la troisième section.
[3] Selon l’auteur du Liber Historiae Francorum (Livre d’Histoire des Francs).
[4] Le vassal ou vassus (le petit) fait hommage à un homme plus puissant. Il entre à son service afin de bénéficier de sa protection.
[5] Il écrit notamment : « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ».
[6] Impôt en nature : les paysans remettent 10% des récoltes aux ecclésiastiques.

vendredi 16 février 2018

Le Haut Moyen Âge (476-987) - Première partie : la naissance du royaume franc

Le Haut Moyen Âge est toujours perçu comme une période sombre, d’où l’expression anglaise « Dark Ages » désignant cette période. En réalité, cette période sombre aurait eu lieu au IX° siècle avec les invasions sarrasines, vikings et hongroises, contribuant à la dislocation de l’empire carolingien.

La chute de l’Empire romain d’Occident marque surtout une ère nouvelle et l’avènement d’une nouvelle société.

Dans notre aire géographique, le Haut Moyen Âge peut être divisé en deux parties : la dynastie des mérovingiens (du V° siècle au VIII° siècle) puis celle des carolingiens (VIII° siècle – fin du X° siècle).

A) La naissance des royaumes barbares

1) Les causes des « Grandes Invasions »

« Barbare » provient du grec ancien barbaros, qui signifie « étranger ». Selon les Grecs, le barbare ne pouvait tenir un discours organisé ni ne pouvait penser : il n’avait pas accès au logos, à la parole. Ils ne pouvaient donc pas accéder à l’histoire ; ainsi les Grecs les percevaient-ils comme des animaux, vivant dans la sauvagerie, l’archaïsme et le nomadisme. Les barbares étaient cependant des civilisations, bien différentes de la civilisation gréco-romaine. Ils étaient organisés en tribus, à la tête desquels on désignait un roi en tant que chef de guerre. Ils cultivaient généralement de l’avoine, du seigle et l’orge et produisaient des poteries, des bijoux, du beurre et du savon.

Il n’existait pas un peuple barbare unique : on y trouvait en effet plusieurs peuples. L’auteur romain Tacite (58-120) dans La Germanie mentionnait les Silures, venant d’Espagne selon lui, les Suèves, divisés en plusieurs groupes en Germanie. Il décrivait même le système politique de ces derniers : à la tête des assemblées, les prêtres, qui détenaient des pouvoirs de juger, cherchaient à connaître la volonté des dieux par des pratiques divinatoires. Quand ils devaient prendre une décision, on attelait des chevaux blancs (considérés sacrés puisqu’on ne les utilisait pour aucun travail), selon la façon dont ils hennissaient, les prêtres interprétaient la volonté des dieux[1].

Nous pouvons distinguer les peuples de la mer tels les Angles, les Frisons, les Scots, etc. et les peuples d’Europe centrale et orientale (ex : les Francs, les Burgondes, les Vandales ou encore les Alamans).

L’arrivée massive des Barbares était principalement due à l’expansion des Huns, qui les repoussaient vers l’Ouest. Les « Grandes Invasions » étaient perçues de la sorte du point de vue des sénateurs romains. Les relations entre les Romains et les Barbares étaient en réalité bien plus complexes. Par exemple, les Wisigoths entraient pacifiquement dans l’Empire vers 376, puis se révoltaient en 378, ce qui a conduit à la Bataille d’Andrinople, une défaite cuisante pour l’Empire romain et où l’empereur Valens trouva la mort. Ils ont pillé Rome en 410, avant d’être intégrés officiellement dans l’Empire en tant que foederati (fédérés, littéralement alliance entre différents peuples) en 418. Ils étaient alors installés dans la Gaule Aquitaine, où ils devaient jouer un rôle pacificateur dans la région.


2) Vers la chute de l’Empire Romain d’Occident

L’Empire romain sortit d’une crise au III° siècle. Cette crise eut de multiples facettes ; elle était d’abord politique : en effet, les empereurs se succédaient rapidement, parfois brièvement ; certains ne régnaient que quelques semaines. De plus, l’armée disposait de plus en plus de pouvoirs: ils pouvaient autant désigner des empereurs que les renverser. En outre, les raids barbares ont entraîné une crise économique. De fait de toutes ces difficultés, les Chrétiens sont accusés d’attirer la colère des dieux.

En raison de ces menaces extérieures qui se sont accrus au cours du siècle, l’empereur Dioclétien, alors usurpateur, mit alors en place la Tétrarchie en 285 : un gouvernement avec quatre chefs. Il nomma d’abord Maximien Hercules « César », pour gouverner la partie occidentale de l’empire en son nom. Ce dernier fut nommé Auguste deux ans plus tard, il devint co-empereur avec Dioclétien. Les deux Augustes se sont ensuite choisis deux Césars (vice-empereur) pour les soutenir, créant la Tétrarchie : Dioclétien choisit Galère, et Maximien prit Constance Chlore. En 305, Dioclétien abdiqua et demanda à Maximien de faire de même, pour laisser la place à leurs Césars. Ces derniers devinrent Augustes (empereurs) et désignèrent leurs nouveaux Césars : Galère nomma Maximin Daïa et Constance Chlore (le Primus Augustus, c’est-à-dire le premier empereur) désigna Sévère.

A la mort de Constance Chlore en 306, les troupes de Bretagne proclamèrent cependant le fils de ce dernier, Constantin, Auguste. Galère le reconnut seulement comme César et Sévère devint Auguste, conformément au principe de succession de la Tétrarchie de Dioclétien. Au même moment, le fils de Maximien, Maxence, était proclamé princeps par les prétoriens de Rome. Galère envoya Sévère pour le renverser, mais l’armée dont il disposait se rallia à Maximien, le père de Maxence. Maximien vainquit finalement Sévère à l’issue d’un siège sur Ravenne, où celui-ci s’était replié.

Il fallait donc choisir un nouvel Auguste. En 308, Dioclétien reforme la tétrarchie : Galère était toujours secondé par Maximin Daïa en Orient, et Constantin par un officier illyrien, Licinius.

En Afrique, Lucius Domitius Alexander se fit également proclamer empereur vers 308. Ce n’est plus une tétrarchie, mais une heptarchie : l’empire est régi par sept empereurs, dont trois usurpateurs : Domitius, Maxence et son père Maximien.

Domitius est renversé par Maxence en 310, à l’issue d’une campagne militaire. En 311, à la mort de Galère, il restait Constantin, Maxence, Licinius et Maximin Daïa.
En Occident, Constantin élimina Maxence à la bataille du Pont Milvius[2]. En Orient, Licinius défit Maximin Daïa. Deux empereurs régissaient l’empire jusqu’en 324. Constantin battit finalement Licinius, devenant ainsi le seul maître de l’empire. Il fonda Constantinople sur l’ancienne cité grecque Byzance et il y résida jusqu’à sa mort en 337.

Année
Occident
Orient
Usurpateurs
Césars
Augustes
Césars
Usurpateurs
285-286
Dioclétien
286-293
Carausius (286-293)
Maximien Hercule
Dioclétien
293-305
Allectus
(293-296)
Constance
Chlore
Maximien
Hercule
Dioclétien
Galère
Domitianus (296-297)
305
Sévère
Constance Chlore
Galère
Maximin II
Daïa
306
Constantin
et Maxence
Sévère
307-308
Maxence,
Maximien
et
Domitius
Constantin
            Galère
308-310
Constantin
Licinius
  Galère
Maximin II
310-311
Maxence
Constantin
           
           Galère
Licinius
et
Maximin II
311-312
Constantin
Licinius et Maximin II
312-313
313-324
Constantin
Licinius
324-337
Constantin

Les trois fils de Constantin se partageaient l’empire après sa mort. Il n’en restait finalement que deux jusqu’en 350 : Constance II en Orient, et Constant Ier en Occident.

Si le partage n’était visé que pour une gestion plus efficace de l’empire pendant la Tétrarchie ou dans le cas du règne des fils de Constantin, il en fut clairement définitif en 395. Théodose Ier céda le pouvoir à ses deux fils : Honorius et Arcadius. Ils régnèrent respectivement l’Occident et l’Orient.


La partie occidentale ne pouvait contenir les flux migratoires barbares. Par ailleurs, Honorius étant un enfant, c’était un aristocrate d’origine vandale qui gouvernait en son nom : Stilicon. Poussés par les Huns, les Suèves et les Vandales franchirent le Rhin le 31 décembre 406, se répandant en Gaule et en Germanie. Les Wisigoths mirent à sac Rome en 410. Symboliquement, ce fut un choc pour l’empire : Rome, la ville qui avait dominé fut prise, ce qui n’était jamais arrivé depuis 390 avant J.-C.

Alors que les Francs s’installaient en Gaule Belgique, Attila, roi des Huns, cherchait à envahir les Gaules. Il mena une campagne militaire en 451. Après plusieurs sièges, son armée, composée des Huns et de ses vassaux germaniques (Ostrogoths, Suèves, Hérules, etc.) est finalement défaite à la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes face au général romain Aetius.

Le sud-ouest de la Gaule était contrôlé par les Wisigoths tandis que les Burgondes s’étaient installés en Sapaudie, une région comprise entre les Alpes et le Jura. Les Francs se trouvaient sur la Gaule Belgique. Syagrius, maître des milices de la Gaule, contrôlait le nord-ouest de la région à partir de 464. Son père Egidus s’était rendu indépendant de la domination romaine.

Le 4 septembre 476, les Hérules pénétrèrent dans Ravenne, la nouvelle résidence des empereurs d’Occident depuis 402. Leur chef Odoacre déposa l’empereur adolescent Romulus Augustule. Pris de pitié pour lui, il l’épargna et l’exila en Campagnie[3].

L’Empire romain d’Occident disparut, mais l’Italie était régie par Odoacre, gouvernant au nom de Zénon, l’empereur d’Orient.


3) Le règne de Clovis (circa 480-511)


Après avoir accédé au pouvoir, le roi des Francs Saliens Clovis, fils de Childéric Ier, défait Syagrius, qui s’enfuit alors chez les Wisigoths. Leur roi Alaric II le renvoie vers Clovis, qui le fait mettre à mort. Ce dernier parvient à s’imposer en tant que roi de tous les Francs après avoir éliminé les autres chefs.

Il épouse la princesse burgonde Clotilde, chrétienne, vers 493 à Soissons.
Il bat les Alamans lors de la bataille de Tolbiac en 496. Païen, il se convertit peu après au christianisme et se fait baptiser à Reims par l’évêque Remi.

Il défait les Wisigoths à Vouillé en 507. L’empereur romain d’Orient lui confie alors le titre de consul honoraire. Lors d’une parade dans les rues de Tours, il est acclamé « Auguste » par la foule.

A sa mort en 511, le royaume franc est partagé à ses quatre fils : l’aîné Thierry Ier reçoit le royaume de Reims, Clodomir le royaume d’Orléans, Childebert Ier celui de Paris et Clotaire Ier celui de Soissons.


La Gaule en 511. En violet le royaume burgonde ; en bleu le royaume de Reims,
en vert le royaume d’Orléans, en jaune le royaume de Paris et en rouge le royaume de Soissons.
Pour lire la deuxième partie, cliquez ici.

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[1] Tacite, La Germanie, Traduction Jacques Perret. Partie principale, chapitre 2 – Coutumes et institutions. Section 3 : Religion (9-10). Les Belles Lettres, Collection des universités de France, Paris, 1949, 111 pages.
[2] Voir supra, Chapitre I, partie B, deuxième section.
[3] Selon l’Anonymus Valesianus (IV°-V° siècle).

mardi 23 janvier 2018

Antiquité - Seconde partie : la Gaule romaine

Pour lire la première partie du chapitre, cliquez ici.
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B) La romanisation de la Gaule (Ier siècle avant J.-C. – IVème siècle de notre ère)
1) Situation de la région à l’époque impériale
Sous l’Empire romain (à partir de -27), la Gaule est divisée en quatre provinces : la Gaule Narbonnaise au sud, la Gaule Belgique au nord-est, la Gaule Lyonnaise s’étendant de la Bretagne au Rhône et l’Aquitaine à l’ouest. Toutes ces provinces excepté la Gaule Narbonnaise sont impériales : des gouverneurs y représentent l’empereur et elles possèdent des garnisons importantes du fait de leur proximité aux frontières. Les provinces dites « sénatoriales » sont quant à elles pacifiées. Lugdunum devient dès lors la capitale des trois Gaules.
La pax romana règne généralement en Gaule : excepté certaines révoltes isolées, comme celle des Eduens en 21 après J.-C. – la cause principale étant l’adoption de nouvelles mesures financières sous Tibère – ou celle causée après la mort de Néron et à l’époque des guerres civiles en 70.
En 260, après la capture de l’empereur Valérien par les Perses, l’un des généraux romains dirigeant les troupes en Germanie prend le pouvoir, se proclamant empereur. Cet usurpateur, Postumus, étend son pouvoir des Gaules jusqu’à la Bretagne pendant environ une décennie. Mourant en juin 269, massacré par ses propres troupes, plusieurs généraux lui succèdent. C’est l’empereur Aurélien qui met définitivement fin à cette usurpation en 273 : ce dernier mène une expédition de reconquête qui aboutit en 274. L’usurpateur Tetricus capitule, se soumettant à l’empereur. Ce dernier le fait marcher comme vaincu lors de son triomphe à Rome mais lui pardonne et le réintègre dans le Sénat romain.
La Gaule fait partie de l’Empire romain d’Occident – composé en outre de la Bretagne, l’Italie, de l’Hispanie, de la Maurétanie et de la Numidie – créé suite au partage de l’empire en deux entités en 395, après la mort de Théodose Ier.
2) Les changements profonds de la société
Généralement, les populations gauloises se sont soumises à l’occupant. Elles font importer des produits romains tels l’huile d’olive et le marbre. Les exportations – ventes de marchandises ; ex : céramique, bijoux, vins, etc. – se sont ainsi accrues. 
La romanisation s’effectue alors assez rapidement. Les Gaulois assimilent leurs dieux aux équivalents romains. De nouvelles villes sont fondées, par exemple Augustodunum, aujourd'hui Autun dans le département de Saône-et-Loire, sous le règne du premier empereur, Auguste (-27/14).
Le christianisme se diffuse clandestinement à travers l’Empire romain. Les autorités tolèrent cette religion perçue alors comme une secte, avec une relative méfiance aux premiers siècles. Sous le règne de Marc-Aurèle (161-180), des persécutions ont néanmoins lieu. Les Romains reprochent notamment aux chrétiens le refus d’effectuer des sacrifices pour les dieux, brisant la pax deorum : ils croient en effet que les dieux, bons avec les hommes, protègent Rome. Si des calamités se produisent – par exemple des famines, des invasions étrangères, etc. – , cette pax deorum est considérée rompue car les dieux veulent punir les Romains. Par leur refus de vénérer plusieurs dieux, les chrétiens sont considérés comme la cause des malheurs. La persécution la plus célèbre en Gaule est celle de Lugdunum, en été 177. Sur un total de 47 chrétiens, certains meurent en prison, d’autres sont décapités, et six sont livrés aux fauves dans l’amphithéâtre des Trois Gaules. Sainte Blandine, esclave romaine chrétienne, est livrée aux bêtes qui l’ignorent, puis torturée, enfin égorgée par un gladiateur à la fin des jeux en août 177.
Selon la position des empereurs à l’égard du christianisme, les chrétiens sont par la suite tantôt tolérés, tantôt persécutés. Avant sa mort, l’empereur Galère, qui a mené une politique active de persécution contre les chrétiens, promulgue un édit reconnaissant le christianisme comme religion admise dans l’Empire romain, en 311. En 313, l’empereur Constantin (306-337), après avoir eu une vision du Dieu des Chrétiens à la veille de la bataille du Pont Milvius[1] (28 octobre 312), décrète l’édit de Milan, qui met fin aux persécutions chrétiennes et tolère définitivement la religion chrétienne dans tout l’Empire romain, y compris en Gaule. Les chrétiens ont désormais le droit de construire des églises[2]. En outre, les citoyens de l’Empire ne sont plus contraints à vénérer le culte impérial.
Théodose (379-395) proclame le christianisme comme seule religion officielle de l’Empire romain, les religions païennes sont désormais interdites[3].




[1] Lactance, De la mort des persécuteurs, XLIV : « Constantin, averti en songe de faire peindre sur les boucliers de ses soldats le signe adorable de la croix, et d'engager ensuite le combat, obéit, et fit peindre sur ses boucliers un X, avec un accent circonflexe qui signifie Jésus-Christ. Ses troupes fortifiées de cette armure céleste se préparèrent à la bataille. »
[2] Lactance, op. cit., XLVIII, 2-13 : « Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan, […] nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer, selon nous, le bien de la majorité, celles sur lesquelles repose le respect de la divinité, c'est-à-dire donner aux Chrétiens comme à tous, la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix […]
De plus, en ce qui concerne la communauté des Chrétiens, voici ce que nous avons cru devoir décider : les locaux où les Chrétiens avaient auparavant l'habitude de se réunir […] doivent leur être rendus sans paiement et sans aucune exigence d'indemnisation, toute duperie et toute équivoque étant hors de question, par ceux qui sont réputés les avoir achetés antérieurement, soit à notre trésor, soit par n'importe quel autre intermédiaire.  »
[3] L’Edit de Thessalonique par l’empereur romain Théodose, 380 : « Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains […] [et] nous croyons en l’unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l’infamie de l’hérésie. »

mercredi 10 janvier 2018

Antiquité - Première partie : la Gaule celtique

La France était dénommée Gallia (« la Gaule ») par les Romains[1]. Ce nom est sans doute dérivé du grec « galate », désignant les Celtes, et persiste jusqu’à l’époque carolingienne, dès lors remplacé par Francia[2].
Cette région désignait donc un territoire occupé par des peuples celtes, limité à l’est par le Rhin et les Alpes, au sud par les Pyrénées.

A) Des Celtes au siège d’Alésia

1) Au temps des Gaulois

Au premier millénaire avant notre ère, les Celtes, peuples provenant de l’Asie Centrale, arrivaient en Europe de l’Ouest, s’installant sur les îles britanniques, en Pannonie (la Hongrie actuelle) et dans la région dénommée « Gaule » dans la littérature romaine. Les « gaulois » désignaient alors l’ensemble des cités fédérés dans cette région. Différents peuples gaulois se trouvaient en effet dans le territoire. Par exemple, les Parisii habitaient aux alentours de Lutèce (Paris actuel), les Eduens en Bourgogne actuelle, les Arvernes en Auvergne, les Helvètes en Suisse, les Vénètes en Armorique (Bretagne actuelle), etc[3].

Le pays était principalement agricole. Une majeure partie de la population était composée de paysans, ce qui explique son agriculture excédentaire: ils vendaient en effet les surplus à leurs voisins.

Les Gaulois vénéraient plusieurs divinités. Nous pouvons par exemple citer le dieu Lug, d’où le toponyme Lugdunum (littéralement « citadelle de Lug », Lyon actuelle), ville fondée en -43. Assimilé au dieu romain Mercure par Jules César dans la Guerre des Gaules, il était « l’inventeur de tous les arts, il est pour [les Gaulois] le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de faire gagner de l’argent et de protéger le commerce[4]. » Cernunnos était le dieu dont les fonctions demeurent à ce jour méconnues. Représenté avec des bois de cerf sur le Pilier des Nautes, il incarnerait la fécondité et la puissance masculine. Taranis, assimilé au Jupiter romain, était le dieu de la foudre. Epona était quant à elle la déesse de la fertilité.

La caste sacerdotale était composée de druides, divisés en plusieurs groupes :
- une catégorie s’occupant de la théologie
- les bardes
- les vates.
Occupant plusieurs fonctions, les premiers jouaient un rôle très important : non seulement ministres du culte et théologiens, ils possédaient des pouvoirs judiciaires et conseillaient le roi. Ils organisent donc les sacrifices et autres cérémonies religieuses. Les bardes étaient chargés de perpétuer la tradition orale par les poèmes et les chants. Les vates étaient des devins et des médecins.

2) Les conquêtes romaines

Le sud de la Gaule (la Gaule transalpine) est occupé par les Romains depuis -121. En -118 dans cette province annexée, ils nomment leur première colonie Narbo Martius, qui devient ensuite Narbonne.

Vers-110, la Gaule est envahie par les Teutons, les Cimbres et les Ambrons, des peuples germaniques, qui remportent des victoires contre les Romains tels la Bataille d’Orange en Gaule Narbonnaise (-105). Le consul et général romain Caius Marius parvient cependant à vaincre les Teutons en -102 lors de la bataille d’Aix-en-Provence et les Cimbres en -101 à la bataille de Verceil.

A partir de -75, les Suèves sous l’impulsion de leur chef Arioviste atteignent l’est de la Gaule. En -58, les Helvètes alliés des Suèves sont battus par Jules César à Bibracte. Une année plus tard, le général romain défait les Vénètes dans le Golfe du Morbihan. Il écrase ensuite la révolte belge au nord-est de la Gaule. C’est au tour des Gaulois de se révolter. En mai -52, sous le commandement de leur chef Vercingétorix, ils remportent la victoire à Gergovie. César met le siège sur Alésia en juillet de la même année. Après quarante jours, contraint à se rendre, Vercingétorix dépose ses armes devant César. Le roi gaulois est envoyé à Rome comme trophée, symbolisant la victoire de César sur la Gaule. Emprisonné pendant six ans, il est exécuté à l’issue du triomphe de César en septembre -46.

Pour lire la seconde partie, cliquez ici.



[1]Jules César, La Guerre des Gaules, livre I, 58 av. J.-C., page 1.
[2]Carlrichard Brühl, Naissance de deux peuples, Français et Allemands (IXe-XIe siècles). Edition Fayard, 1996, page 68.
[3]Jean-Paul DEMOULE, Jean-Jacques HATT, « GAULE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 novembre 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/gaule/
[4]Jules César, op. cit., livre VI, 53 av. J.-C., page 17.