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lundi 12 mars 2018

Le Haut Moyen Âge (476-987) - Troisième partie : les Carolingiens

Pour lire la deuxième partie du chapitre, cliquez ici.
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C) La dynastie des Carolingiens (VIII°-X° siècle)

Les « Carolingiens » désignent les Pippinides gouvernant le royaume des Francs après les Mérovingiens. Le terme « carolingien » provient de Charlemagne (Carolus Magnus, littéralement Charles le Grand en latin), roi puis empereur célèbre dans l’histoire de France.


1) Charlemagne, roi des Francs (768-800) puis empereur d’Occident (800-814)

Partagé en 768, le royaume est réunifié après la mort de Carloman, sous le règne de Charles. Il poursuit alors la politique territoriale de son père. Il conquiert aisément la Lombardie en 774. Il soumet la Saxe en 779, puis les Bavarois en 787.

Il est couronné empereur d’Occident par le pape Léon III le 25 décembre 800 (le jour de Noël), à Rome. Charles le Grand se retrouve à la tête d’un empire immense, romanisé et catholicisé, s’étendant de la Gaule à la Germanie (au nord), et jusqu’à l’Italie (au sud). Cet empire est évidemment bien hétérogène. Par exemple, les langues divergent selon les régions : on retrouve des langues romanes en Francie ou en Septimanie et des langues germaniques en Saxe ou en Bavière. Les coutumes ne sont pas les mêmes : les Aquitains ont tendance à se révolter fréquemment et les Francs les méprisent.
Il faut donc décentraliser l’empire. Dans ce but, Charlemagne nomme des gouverneurs au sein de sa famille. Son fils Louis est par ailleurs roi d’Aquitaine. Celui-ci dispose, tout comme son père, d’une cour et d’un palais. Il est cependant étroitement surveillé par Charlemagne.
C’est sous le règne de Charlemagne où des réformes importantes sont décidées : c’est ce qu’on appelle la « renaissance carolingienne ».
-Sur le plan militaire, tous les hommes libres doivent participer au combat. Le service militaire d’ost est établi durant cette période. Il est censé durer entre 3 et 6 mois par an.

-Sur le plan économique, les prix sont plus régulés et les marchés locaux sont plus encadrés. Le capitulaire de Nimègue, promulgué en 806, définit le juste prix. L’usure (prêt à intérêts) est désormais interdite. Il prévoit en outre un contrôle des poids et des mesures. En 794, un nouveau système monétaire se met en place : une livre, dont le poids est porté à 400 grammes, correspond à 20 sous – un sou équivalant à 12 deniers – et donc à 240 deniers. La circulation des biens est désormais contrôlée. Par exemple, en 800, Charlemagne décrète notamment que les tenanciers des domaines royaux (les personnes jouissant temporairement des terres du roi) ne peuvent aller vendre au marché. A partir de 802, la vente nocturne des vases précieux, des chevaux et des esclaves est interdite.

-Sur le plan religieux, l’Eglise est hiérarchisée dès cette période. Les archevêques ou évêques métropolitains réaffirment leur autorité sur les autres évêques. Ces derniers doivent désormais subdiviser leurs diocèses en archiprêtré ou en archidiaconé. Sous l’impulsion de Benoît d’Aniane (750-821), les moines pratiquent la règle bénédictine[1].

-Sur le plan intellectuel, Alcuin (730-804), ami et conseiller de Charlemagne, réforme l’enseignement et anime l’Académie palatine à Aix-la-Chapelle – capitale de l’empire à partir de 807 – un cercle de lettrés groupant les intellectuels du royaume ; elle forme par la suite ses propres élèves.

L’Admonitio Generalis en 789 met en place une école dans chaque diocèse et dans chaque monastère. Dans l’article 80, Charlemagne recommande l’usage du chant grégorien. A la fin du VIII° siècle, les campagnes se voient doter d’écoles et dès 803 la scolarisation devient obligatoire. Selon Théodulf (755-820), le trivium devient la base de l’enseignement : ce cursus comprend la grammaire, la rhétorique (science du discours) et la dialectique (art du dialogue et de la discussion). Aux côtés du trivium se trouve le quadrivium. Ce cursus, équivalant à l’enseignement supérieur, comprend l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astrologie.

Enfin, Charlemagne impose une nouvelle forme d’écriture dite « la minuscule caroline », plus lisible et plus facile à tracer que l’ancienne écriture. Des ateliers d’écritures, scriptoria, sont implantés dans les monastères. Des moines y copient notamment des textes anciens ou contemporains. Ces ateliers sont plus actifs en Bourgogne et en Loire.

A la mort de Charlemagne en 814, Louis le Pieux hérite de l’empire franc. Il poursuit les réformes de son père dans tous les domaines. Par exemple, dans le domaine économique, les ventes se font obligatoirement sur les marchés publics dès 820 et les marchands d’Aix sont protégés à partir de 828. Sous son règne, les résultats des réformes entreprises par Charlemagne apparaissent : les auteurs antiques sont à nouveau découverts, le nombre de lettrés augmente et les bibliothèques réapparaissent. On y trouve divers ouvrages : la Bible, la musique, la géographie, la grammaire, la poésie, etc.


2) Vers un nouveau partage du royaume

Louis le Pieux prévoit déjà en 817 un partage patrimonial de l’empire entre ses fils dans l’Ordinatio Imperii : Lothaire, l’aîné, devrait recevoir la Neustrie, l’Austrasie, la Provence et la Lombardie. Louis aurait la Bavière et Pépin l’Aquitaine. Ces deux derniers devraient être des rois soumis à leur frère aîné, le futur unique empereur.

Ce partage rompt avec les coutumes germaniques, ce qui aboutit à une révolte en Italie, mené par Bernard, le neveu de Louis le Pieux. La répression est sanglante, Bernard est d’abord condamné à mort. Finalement l’empereur le gracie et lui crève les yeux, le conduisant malgré tout à sa mort deux jours plus tard. Louis fait aussitôt tondre les fils illégitimes de Charlemagne avant de les envoyer au monastère. En 822, il fléchit, les rappelle et s’humilie publiquement en faisant pénitence à Attigny.

L’épouse de Louis le Pieux, Ermengarde de Hesbaye, meurt en 818. Le souverain se remarie avec Judith de Bavière. De cette union naît un fils Charles. Louis doit préparer un nouveau partage entre ses fils.
A l’assemblée de Worms tenue en 829, le souverain accorderait des territoires à Charles. Lothaire est envoyé en Italie et le personnel du palais est remplacé par des partisans de Judith. Les autres frères se révoltent, chassent Judith et ses partisans. Lothaire s’empare alors du pouvoir. Son père s’exile en Germanie. A l’issue de l’assemblée de Nimègue en 830, Lothaire se voit officiellement conserver les territoires de l’Italie.

En 833, Lothaire forme une coalition avec ses frères Pépin et Louis, soutenue par le pape. Les fidèles de Louis le Pieux l’abandonnent au fur et à mesure vers Troyes : c’est le « Champ du Mensonge ». Charles est de nouveau envoyé dans un monastère. L’empereur est contraint d’effectuer une pénitence publique, aboutissant à sa déposition. Lothaire devient le nouvel empereur. La guerre civile reprend entre les frères. Lothaire est finalement vaincu et Louis le Pieux reprend le trône en 835.
L’un de ses fils, Pépin, meurt en 838. L’empereur meurt peu après en 840.
Lothaire s’empare d’Aix-la-Chapelle avant de se proclamer empereur. Charles et Louis le Germanique s’allient contre lui. A Strasbourg en 842, ils prêtent le célèbre serment : Louis prononce son serment en langue romane :

« Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit[2]. »

A son tour, Charles promet en langue germanique :

« In Godes minna ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi mahd furgibit, so haldih tesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruodher scal, in thiu, thaz er mig sosoma duo ; indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe minan uuillon imo ce scadhen uuerhen[3]. »

Après le serment de l’un, les troupes de l’autre jurent que si leur seigneur ne tient pas parole, ils ne l’aideront pas contre le frère trahi.

En 843 a lieu le partage suite au traité de Verdun : la Francie est partagée en trois. Louis obtient la Germanie, ou Francie orientale ; Lothaire reçoit la Francie médiane, Charles détient la Francie occidentale.

Le partage de l'empire suite au traité de Verdun (843)

De grands intellectuels apparaissent cependant à la seconde moitié du IX° siècle. C’est le cas de Raban Maur (780-856), surnommé le « précepteur de la Germanie », qui est formé à Aix-la-Chapelle (797), devient professeur et abbé à partir de 822, et ce jusqu’en 842. Soutenant Lothaire, son souverain Louis le Germanique le punit et lui confisque son abbaye. Finalement, il lui pardonne et le nomme archevêque de Mayence.

A la mort de Lothaire en 855, les deux frères restants se partagent son royaume : Charles s’empare de la Lotharingie en 870, puis de l’Italie en 875, puis se fait sacrer et couronner empereur à Rome.


Traité de Meerssen en 870 : Charles et Louis se partagent la Lotharingie.
Après la mort de Louis le Germanique en 876, il cherche à s’emparer de la partie orientale, sans succès.


3) L’affaiblissement du pouvoir royal

Le système de la vassalité montre des limites une fois que la conjoncture devient défavorable : les souverains, manquant de terres et de revenus, ne peuvent se faire de fidèles. A leur mort, les vassaux sont censés confier tous les bénéfices concédés par leurs suzerains à ces derniers. Or l’idée d’hérédité et d’inaliénabilité des bénéfices se propage.
Le royaume franc subit des raids vikings[4] au nord et doit contenir les sarrasins[5] au sud.
La fin du IX° et le X° siècle ne sont pas cependant une période uniquement obscure. Des progrès techniques ont lieu : les marais commencent à être asséchés, on repeuple des espaces autrefois laissés à l’abandon… Le fer à cheval connaît son apparition à cette époque tout autant que la charrue à roue. Les seigneurs font construire les premiers châteaux, les mottes castrales (en terre ou en bois). La féodalité[6] connaît ses prémisses : le roi doit compter sur la noblesse locale pour défendre le territoire contre les invasions, leur conférant ainsi du pouvoir envers les populations.

Le christianisme s’étend en Europe Centrale[7] et en Europe du Nord : les Russes, les Polonais et les Scandinaves se convertissent progressivement.




[1] Règle rédigée par Saint Benoît, de Nursie (VI° siècle).
[2] « Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d'aujourd'hui, en tant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l'équité, à condition qu'il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles. »
[3] « Pour l'amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m'en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l'équité secourir son frère, à condition qu'il en fasse autant pour moi, et je n'entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma volonté, puisse lui être dommageable. »
[4] Par exemple, Paris est assiégé entre 885 et 886 par les Normands (Norse Men, les Hommes du Nord). Le roi Charles le Gros (881-888) doit verser un tribut de 700 livres et leur accorde le droit de séjourner en Bourgogne.
[5] Leurs armées ont débarqué en Sicile, puis se sont propagées en Italie, pillant des monastères, puis remontent le Rhône.
[6] Du latin médiéval feodum (fief, terres), ce concept renvoie à un système pyramidal au sommet duquel se trouve le roi, puis suivent les grands seigneurs, assistés par des seigneurs plus faibles (les vassaux), et ainsi de suite.
[7] A la seconde moitié du IX° siècle, en Grande-Moravie (Hongrie, Tchéquie et Slovaquie actuelle), les frères Cyrille et Méthode accomplissent une mission évangélique et inventent l’alphabet slavon.

lundi 26 février 2018

Le Haut Moyen Âge (476-987) - Deuxième partie : les Mérovingiens

Pour lire la première partie du chapitre, cliquez ici.
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B) La dynastie des Mérovingiens (V°-VIII° siècle)

Le terme « mérovingiens » provient de Mérovée, grand-père semi-mythique de Clovis (littéralement, « le combattant réputé »).


1) Une période de conflits familiaux

Le royaume franc, ayant annexé la Burgondie (ou Bourgogne) en 533 et la Provence en 536, est réunifié après la mort des frères de Clotaire Ier. En 561 a lieu un nouveau partage entre ses fils : Caribert reçoit le royaume de Paris (en jaune), Gontran reçoit la Bourgogne ainsi qu’une partie du royaume d’Orléans (en vert), Sigebert Ier celui de Reims (bleu), et Chilpéric Ier celui de Soissons (en rouge).


Caribert meurt prématurément en 567, les trois autres frères se partagent donc son royaume.


La deuxième moitié du VI° siècle est profondément marqué par une querelle familiale entre Sigebert et Chilpéric. La maîtresse de ce dernier, Frédégonde, fait assassiner son épouse Galswinthe, une princesse wisigothique. L’épouse de Sigebert lui demande que ce meurtre soit réparé par une compensation (elle était la sœur de Galswinthe). Chilpéric ne respecte pas ses engagements, déclenchant ainsi une guerre fratricide. En 575, Sigebert Ier est assassiné. Son fils Childebert II devient roi d’Austrasie (région nord-est de France).

A son tour, Chilpéric meurt assassiné en 584. On soupçonne Brunehaut d’avoir organisé cet assassinat. En 596, le fils de Sigebert, Childebert II, meurt empoisonné. Ce meurtre est sans doute commandité par Frédégonde. Cette faide[1] se termine avec l’exécution de Brunehaut par Clotaire II en 613. Celui-ci réunifie à nouveau le royaume des Francs, récupérant l’Austrasie (nord-est de la France), la Neustrie (nord-ouest) et la Bourgogne.

Le règne de son fils Dagobert Ier (629-639) marque cependant une période de paix et d’apogée du royaume franc. Sur des monnaies, il est représenté en romain, avec les cheveux courts, portant un diadème et le manteau impérial.
A cette période, le palais devient une véritable école de cadres. Des enfants d’élites y sont envoyés pour recevoir une excellente éducation : ce sont les « nourris » (nutriti) du roi, c’est-à-dire ses amis. Ce système sert notamment à former des évêques et des abbés. C’est le cas de Rusticus, évêque de Rodez, déjà sous le règne de Clotaire II. Ouen devient quant à lui évêque de Rouen.


2) Les « rois fainéants »

Après la mort de Dagobert Ier, le royaume est à nouveau divisé en trois royaumes : la Neustrie, l’Austrasie et la Bourgogne. Sigebert III obtient seulement l’Austrasie, Clovis II reçoit la Neustrie et la Bourgogne. Ils sont toutefois jeunes pour pouvoir régner. En Austrasie, le maire du palais gouverne au nom de Sigebert III alors qu'en Neustrie, la reine règne. La Bourgogne est quant à elle régie par l’aristocratie locale. C’est une période d’instabilité où se succèdent coups de force, exils, meurtres, etc.

A la mort de Sigebert III en 656, le majordomus (maire du palais) Grimoald[2] impose son fils Childebert, fils adoptif de Sigebert III, comme roi d’Austrasie[3]. Sigebert a cependant un fils légitime, Dagobert II. Grimoald le fait exiler dans un monastère, mais lui et Childebert III sont tués peu après en Neustrie. Childéric II, fils de Clovis II, devient roi d’Austrasie à partir de 662, puis devient roi de tous les Francs entre 673 et 675. Il finit assassiné. Dagobert II lui succède, mais il est également assassiné, trois ans plus tard.

Du fait des troubles internes, les rois ne mènent plus de campagnes d’expansion. Ils offrent des terres aux nobles. Ces derniers deviennent ainsi plus influents et se créent des réseaux, se trouvant des fidèles et contribuant à la naissance de la vassalité[4].


3) L’avènement d’une nouvelle dynastie

Le pouvoir royal s’affaiblit progressivement au profit des maires du palais, en particulier la famille des Pippinides.
Charles de Herstal (686-741), dit postérieurement « le Martel », devient maire du palais d’Austrasie en 717 après avoir vaincu les Neustriens de Chilpéric II (à Amblève en 716 et à Vinchy en 717).
Au sud, les Maures s’avancent progressivement. En 711, ils se sont emparés de la péninsule ibérique (Espagne et Portugal). En 720, ils ont envahi la Septimanie (Languedoc actuelle). Carcassonne est prise en 724, puis vient le tour d’Autun en 725. Le roi Eudes d’Aquitaine est vaincu en 732. Charles Martel repousse les envahisseurs le 25 octobre de la même année à Poitiers, puis reconquiert l’Aquitaine, la Bourgogne, la Provence et la Septimanie.

Son fils Pépin III, dit postérieurement le Bref, maire du palais d’Austrasie, partage le pouvoir avec son frère Carloman. Après avoir écrasé les révoltes locales, ils rétablissent la dynastie mérovingienne en plaçant sur le trône Childéric III. Luttant contre le paganisme, ils affermissent les relations avec la papauté – le pape étant l'autorité suprême de l’Eglise catholique, l’évêque de Rome – et entreprennent des réformes sur les institutions ecclésiastiques. Par exemple, les clercs ne peuvent plus porter d’arme et ne doivent plus combattre, ni chasser, ni habiter avec une femme ou mener une vie dissolue. On prévoit des peines sévères : les prêtres ne respectant pas ces consignes sont emprisonnés, les moniales sont tondues, etc.

Carloman abdique en 747, laissant Pépin seul maître du monde d’Occident. Il demande le soutien au pape Zacharie afin de déposer Childéric III. Le souverain pontife lui répond favorablement[5], cherchant désespérément un allié puissant pour battre les Lombards en Italie. Pépin dépose aussitôt Childéric et le fait tondre avant de l’exiler dans un monastère. En 751 il se fait élire roi par les Grands du royaume franc et se fait sacrer par les évêques.

Le nouveau roi aide le pape à repousser les Lombards. Il lance également plusieurs campagnes militaires contre les musulmans. Il parvient alors à étendre son empire jusqu’aux Pyrénées.
Il poursuit les réformes ecclésiastiques : par exemple, il met en place la dîme[6]. Le culte est enfin romanisé.

Le royaume franc rayonne sur l’Europe : l’empereur byzantin Constantin V envoie des émissaires et des théologiens à la cour de Pépin. Les califes abbassides entretiennent également des relations cordiales avec le roi franc.

Pépin meurt en 768, cédant le pouvoir à ses deux fils, Carloman et Charles.


Pour lire la troisième partie, cliquez ici.



[1] Pratique germanique qui désigne un système de vengeance privé entre deux familles. Si un membre d’une famille est tué, cette famille a le droit mais surtout le devoir de vengeance sur le meurtrier ou ses parents. C’est un des moyens de régler les conflits entre différents clans.
[2] Ce personnage est issu d’une famille aristocratique, les Pippinides (du nom de l’ancêtre Pépin de Landen). Nous traiterons de cette famille très importante dans l’histoire à la troisième section.
[3] Selon l’auteur du Liber Historiae Francorum (Livre d’Histoire des Francs).
[4] Le vassal ou vassus (le petit) fait hommage à un homme plus puissant. Il entre à son service afin de bénéficier de sa protection.
[5] Il écrit notamment : « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ».
[6] Impôt en nature : les paysans remettent 10% des récoltes aux ecclésiastiques.

vendredi 16 février 2018

Le Haut Moyen Âge (476-987) - Première partie : la naissance du royaume franc

Le Haut Moyen Âge est toujours perçu comme une période sombre, d’où l’expression anglaise « Dark Ages » désignant cette période. En réalité, cette période sombre aurait eu lieu au IX° siècle avec les invasions sarrasines, vikings et hongroises, contribuant à la dislocation de l’empire carolingien.

La chute de l’Empire romain d’Occident marque surtout une ère nouvelle et l’avènement d’une nouvelle société.

Dans notre aire géographique, le Haut Moyen Âge peut être divisé en deux parties : la dynastie des mérovingiens (du V° siècle au VIII° siècle) puis celle des carolingiens (VIII° siècle – fin du X° siècle).

A) La naissance des royaumes barbares

1) Les causes des « Grandes Invasions »

« Barbare » provient du grec ancien barbaros, qui signifie « étranger ». Selon les Grecs, le barbare ne pouvait tenir un discours organisé ni ne pouvait penser : il n’avait pas accès au logos, à la parole. Ils ne pouvaient donc pas accéder à l’histoire ; ainsi les Grecs les percevaient-ils comme des animaux, vivant dans la sauvagerie, l’archaïsme et le nomadisme. Les barbares étaient cependant des civilisations, bien différentes de la civilisation gréco-romaine. Ils étaient organisés en tribus, à la tête desquels on désignait un roi en tant que chef de guerre. Ils cultivaient généralement de l’avoine, du seigle et l’orge et produisaient des poteries, des bijoux, du beurre et du savon.

Il n’existait pas un peuple barbare unique : on y trouvait en effet plusieurs peuples. L’auteur romain Tacite (58-120) dans La Germanie mentionnait les Silures, venant d’Espagne selon lui, les Suèves, divisés en plusieurs groupes en Germanie. Il décrivait même le système politique de ces derniers : à la tête des assemblées, les prêtres, qui détenaient des pouvoirs de juger, cherchaient à connaître la volonté des dieux par des pratiques divinatoires. Quand ils devaient prendre une décision, on attelait des chevaux blancs (considérés sacrés puisqu’on ne les utilisait pour aucun travail), selon la façon dont ils hennissaient, les prêtres interprétaient la volonté des dieux[1].

Nous pouvons distinguer les peuples de la mer tels les Angles, les Frisons, les Scots, etc. et les peuples d’Europe centrale et orientale (ex : les Francs, les Burgondes, les Vandales ou encore les Alamans).

L’arrivée massive des Barbares était principalement due à l’expansion des Huns, qui les repoussaient vers l’Ouest. Les « Grandes Invasions » étaient perçues de la sorte du point de vue des sénateurs romains. Les relations entre les Romains et les Barbares étaient en réalité bien plus complexes. Par exemple, les Wisigoths entraient pacifiquement dans l’Empire vers 376, puis se révoltaient en 378, ce qui a conduit à la Bataille d’Andrinople, une défaite cuisante pour l’Empire romain et où l’empereur Valens trouva la mort. Ils ont pillé Rome en 410, avant d’être intégrés officiellement dans l’Empire en tant que foederati (fédérés, littéralement alliance entre différents peuples) en 418. Ils étaient alors installés dans la Gaule Aquitaine, où ils devaient jouer un rôle pacificateur dans la région.


2) Vers la chute de l’Empire Romain d’Occident

L’Empire romain sortit d’une crise au III° siècle. Cette crise eut de multiples facettes ; elle était d’abord politique : en effet, les empereurs se succédaient rapidement, parfois brièvement ; certains ne régnaient que quelques semaines. De plus, l’armée disposait de plus en plus de pouvoirs: ils pouvaient autant désigner des empereurs que les renverser. En outre, les raids barbares ont entraîné une crise économique. De fait de toutes ces difficultés, les Chrétiens sont accusés d’attirer la colère des dieux.

En raison de ces menaces extérieures qui se sont accrus au cours du siècle, l’empereur Dioclétien, alors usurpateur, mit alors en place la Tétrarchie en 285 : un gouvernement avec quatre chefs. Il nomma d’abord Maximien Hercules « César », pour gouverner la partie occidentale de l’empire en son nom. Ce dernier fut nommé Auguste deux ans plus tard, il devint co-empereur avec Dioclétien. Les deux Augustes se sont ensuite choisis deux Césars (vice-empereur) pour les soutenir, créant la Tétrarchie : Dioclétien choisit Galère, et Maximien prit Constance Chlore. En 305, Dioclétien abdiqua et demanda à Maximien de faire de même, pour laisser la place à leurs Césars. Ces derniers devinrent Augustes (empereurs) et désignèrent leurs nouveaux Césars : Galère nomma Maximin Daïa et Constance Chlore (le Primus Augustus, c’est-à-dire le premier empereur) désigna Sévère.

A la mort de Constance Chlore en 306, les troupes de Bretagne proclamèrent cependant le fils de ce dernier, Constantin, Auguste. Galère le reconnut seulement comme César et Sévère devint Auguste, conformément au principe de succession de la Tétrarchie de Dioclétien. Au même moment, le fils de Maximien, Maxence, était proclamé princeps par les prétoriens de Rome. Galère envoya Sévère pour le renverser, mais l’armée dont il disposait se rallia à Maximien, le père de Maxence. Maximien vainquit finalement Sévère à l’issue d’un siège sur Ravenne, où celui-ci s’était replié.

Il fallait donc choisir un nouvel Auguste. En 308, Dioclétien reforme la tétrarchie : Galère était toujours secondé par Maximin Daïa en Orient, et Constantin par un officier illyrien, Licinius.

En Afrique, Lucius Domitius Alexander se fit également proclamer empereur vers 308. Ce n’est plus une tétrarchie, mais une heptarchie : l’empire est régi par sept empereurs, dont trois usurpateurs : Domitius, Maxence et son père Maximien.

Domitius est renversé par Maxence en 310, à l’issue d’une campagne militaire. En 311, à la mort de Galère, il restait Constantin, Maxence, Licinius et Maximin Daïa.
En Occident, Constantin élimina Maxence à la bataille du Pont Milvius[2]. En Orient, Licinius défit Maximin Daïa. Deux empereurs régissaient l’empire jusqu’en 324. Constantin battit finalement Licinius, devenant ainsi le seul maître de l’empire. Il fonda Constantinople sur l’ancienne cité grecque Byzance et il y résida jusqu’à sa mort en 337.

Année
Occident
Orient
Usurpateurs
Césars
Augustes
Césars
Usurpateurs
285-286
Dioclétien
286-293
Carausius (286-293)
Maximien Hercule
Dioclétien
293-305
Allectus
(293-296)
Constance
Chlore
Maximien
Hercule
Dioclétien
Galère
Domitianus (296-297)
305
Sévère
Constance Chlore
Galère
Maximin II
Daïa
306
Constantin
et Maxence
Sévère
307-308
Maxence,
Maximien
et
Domitius
Constantin
            Galère
308-310
Constantin
Licinius
  Galère
Maximin II
310-311
Maxence
Constantin
           
           Galère
Licinius
et
Maximin II
311-312
Constantin
Licinius et Maximin II
312-313
313-324
Constantin
Licinius
324-337
Constantin

Les trois fils de Constantin se partageaient l’empire après sa mort. Il n’en restait finalement que deux jusqu’en 350 : Constance II en Orient, et Constant Ier en Occident.

Si le partage n’était visé que pour une gestion plus efficace de l’empire pendant la Tétrarchie ou dans le cas du règne des fils de Constantin, il en fut clairement définitif en 395. Théodose Ier céda le pouvoir à ses deux fils : Honorius et Arcadius. Ils régnèrent respectivement l’Occident et l’Orient.


La partie occidentale ne pouvait contenir les flux migratoires barbares. Par ailleurs, Honorius étant un enfant, c’était un aristocrate d’origine vandale qui gouvernait en son nom : Stilicon. Poussés par les Huns, les Suèves et les Vandales franchirent le Rhin le 31 décembre 406, se répandant en Gaule et en Germanie. Les Wisigoths mirent à sac Rome en 410. Symboliquement, ce fut un choc pour l’empire : Rome, la ville qui avait dominé fut prise, ce qui n’était jamais arrivé depuis 390 avant J.-C.

Alors que les Francs s’installaient en Gaule Belgique, Attila, roi des Huns, cherchait à envahir les Gaules. Il mena une campagne militaire en 451. Après plusieurs sièges, son armée, composée des Huns et de ses vassaux germaniques (Ostrogoths, Suèves, Hérules, etc.) est finalement défaite à la bataille des champs Catalauniques, près de Troyes face au général romain Aetius.

Le sud-ouest de la Gaule était contrôlé par les Wisigoths tandis que les Burgondes s’étaient installés en Sapaudie, une région comprise entre les Alpes et le Jura. Les Francs se trouvaient sur la Gaule Belgique. Syagrius, maître des milices de la Gaule, contrôlait le nord-ouest de la région à partir de 464. Son père Egidus s’était rendu indépendant de la domination romaine.

Le 4 septembre 476, les Hérules pénétrèrent dans Ravenne, la nouvelle résidence des empereurs d’Occident depuis 402. Leur chef Odoacre déposa l’empereur adolescent Romulus Augustule. Pris de pitié pour lui, il l’épargna et l’exila en Campagnie[3].

L’Empire romain d’Occident disparut, mais l’Italie était régie par Odoacre, gouvernant au nom de Zénon, l’empereur d’Orient.


3) Le règne de Clovis (circa 480-511)


Après avoir accédé au pouvoir, le roi des Francs Saliens Clovis, fils de Childéric Ier, défait Syagrius, qui s’enfuit alors chez les Wisigoths. Leur roi Alaric II le renvoie vers Clovis, qui le fait mettre à mort. Ce dernier parvient à s’imposer en tant que roi de tous les Francs après avoir éliminé les autres chefs.

Il épouse la princesse burgonde Clotilde, chrétienne, vers 493 à Soissons.
Il bat les Alamans lors de la bataille de Tolbiac en 496. Païen, il se convertit peu après au christianisme et se fait baptiser à Reims par l’évêque Remi.

Il défait les Wisigoths à Vouillé en 507. L’empereur romain d’Orient lui confie alors le titre de consul honoraire. Lors d’une parade dans les rues de Tours, il est acclamé « Auguste » par la foule.

A sa mort en 511, le royaume franc est partagé à ses quatre fils : l’aîné Thierry Ier reçoit le royaume de Reims, Clodomir le royaume d’Orléans, Childebert Ier celui de Paris et Clotaire Ier celui de Soissons.


La Gaule en 511. En violet le royaume burgonde ; en bleu le royaume de Reims,
en vert le royaume d’Orléans, en jaune le royaume de Paris et en rouge le royaume de Soissons.
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[1] Tacite, La Germanie, Traduction Jacques Perret. Partie principale, chapitre 2 – Coutumes et institutions. Section 3 : Religion (9-10). Les Belles Lettres, Collection des universités de France, Paris, 1949, 111 pages.
[2] Voir supra, Chapitre I, partie B, deuxième section.
[3] Selon l’Anonymus Valesianus (IV°-V° siècle).